Edition printemps 2019

En bref

Nouvelles du développement durable et actualités SIG

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Innovation

«Il faut comprendre la psychologie du comportement durable»

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Eco-responsable

Les bienfaiteurs de l’or bleu

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Coulisses

Cheneviers IV, ou quand les déchets deviennent une ressource

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SIG au cœur de la vie locale

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Les Lancéennes et les Lancéens investissent dans le solaire

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Une lessive qui ne fait pas tache

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Au Richemond, Le Jardin devient potager

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Nature

La ville nourricière

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Agenda

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IDÉES DURABLES

 Innovation 

 

«Il faut comprendre la psychologie du comportement durable»

 

Au sein du Consumer Decision and Sustainable Behavior Lab de l’Université de Genève, Tobias Brosch, chercheur en neurosciences, tente de cerner les mécanismes psychologiques qui favorisent ou freinent le développement durable.

 

Texte: Thomas Pfefferlé /// Photos: Vanina Moreillon

Dernier maillon de la chaîne énergétique et durable, le comportement individuel n’est pas encore réellement intégré dans l’équation environnementale. Pourtant, dans le prolongement des infrastructures et dispositifs techniques que l’on peut développer en vue de diminuer notre empreinte écologique, le consommateur joue un rôle décisif. Surtout menées à grande échelle, les démarches et réflexions durables mériteraient de comprendre davantage l’individu et son comportement. Pour tenter de mieux saisir les facteurs de motivation qui peuvent pousser une personne à agir de manière bénéfique ou nuisible à l’environnement, le psychologue Tobias Brosch a fondé le Consumer Decision and Sustainable Behavior Lab au sein de l’Université de Genève.

 

Quelle a été l’impulsion de départ pour fonder le Consumer Decision and Sustainable Behavior Lab?

Dans le contexte de la Stratégie énergétique 2050, la Confédération avait lancé un processus de recherche interdisciplinaire entre plusieurs universités, qui a abouti à la création de huit centres de compétence en recherche énergétique. Répondant à un concours d’idées lancé pour la création de nouveaux groupes de recherche, l’Université de Genève a proposé de faire communiquer la science du comportement et les compétences existantes sur l’énergie. Cette proposition a été acceptée et j’ai été recruté pour diriger ce projet.

 

Que cherchez-vous à observer et démontrer au sein de ce laboratoire?

Nous combinons les approches de la psychologie cognitive, sociale et affective, de l’économie comportementale et des neurosciences pour mieux saisir notre comportement et notre prise de décision. L’idée étant de chercher à comprendre pourquoi certaines personnes sont plus préoccupées par le changement climatique et ses conséquences que d’autres. Est-ce lié aux connaissances, aux valeurs, aux émotions, aux habitudes, ou encore à d’autres facteurs? Nous souhaitons également utiliser nos connaissances sur ces mécanismes afin de développer de nouvelles stratégies d’intervention et de promouvoir des comportements plus durables.

 

A qui s’adressent les résultats de vos recherches?

Nos recherches sont financées en majorité par Innosuisse et le Fonds national suisse de la recherche scientifique (FNS). Elles sont également soutenues par le Conseil européen de la recherche, l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) et les Services industriels de Genève (SIG). Il y a donc un large intérêt public dans ce que nous essayons de faire. Nous visons ainsi à diffuser largement les résultats de nos recherches, car nous pensons qu’ils peuvent intéresser ces différentes organisations, sans oublier les consommateurs particuliers.

 

Quels sont les principaux résultats de vos travaux?

Nous sommes notamment parvenus à démontrer qu’une région du cerveau impliquée dans la simulation de scénarios futurs ne s’active pas chez les personnes égoïstes lorsqu’on leur montre les conséquences futures du changement climatique. Aider les individus à mieux visualiser ces conséquences pourrait donc représenter une stratégie utile pour activer ces préoccupations chez ce type de personnes.

Nous avons par ailleurs constaté que l’émotion de fierté peut surtout nous motiver à investir dans des achats durables, comme de nouveaux panneaux solaires par exemple. L’émotion de culpabilité, en revanche, peut nous inciter à réduire notre surconsommation. Des résultats qui pourraient être utilisés dans des campagnes médiatiques ciblées. Enfin, en observant les dynamiques des réseaux sociaux aux Etats-Unis, nous avons constaté que les croyances liées au changement climatique ont diminué après l’élection de Donald Trump.

 

Quels sont les projets ou applications concrètes découlant de vos travaux de recherche?

Nous venons par exemple de terminer un projet de collaboration avec SIG. L’idée de départ consistait à savoir comment aider les clients à réduire leur consommation d’électricité en utilisant des incitations. Est-il préférable de les récompenser s’ils réduisent leur consommation énergétique ou de les blâmer un peu s’ils exagèrent sur ce plan? Nous sommes finalement parvenus à la conclusion que la meilleure solution réside dans une combinaison des deux approches. SIG pourrait ainsi décider d’utiliser ces résultats pour mettre en place certaines démarches plus incitatives.

 

Dans la problématique durable actuelle, comment se fait-il que l’on commence seulement maintenant à s’intéresser au dernier maillon de la chaîne énergétique, à savoir le consommateur final?

Je pense que la psychologie a longtemps considéré comme inhabituel le fait d’appliquer ses connaissances à des contextes et domaines plus techniques, tels que les filières énergétiques et le développement durable au sens large. En parallèle, les techniciens de ces domaines n’avaient certainement pas l’habitude non plus de travailler avec les sciences «douces». Cependant, je pense que ces deux pôles peuvent bénéficier d’énormes avantages et avancées en travaillant enfin ensemble. 

Tobias Brosch

 

Durant ses études universitaires de psychologie en Allemagne puis en Grande-Bretagne, il développe un grand intérêt pour le fonctionnement des émotions, désireux d’apprendre comment elles influencent notre perception du monde, notre comportement et nos décisions. Il obtient ensuite un doctorat en psychologie et sciences affectives à l’Unige en 2008, ce qui lui permet de poursuivre l’étude de ces questions plus en détail. Après des recherches postdoctorales à New York dans le domaine des neurosciences et de la prise de décision, il revient à Genève pour travailler en tant que maître-assistant. Il a alors le désir d’utiliser ses connaissances sur les émotions et les décisions pour développer des recherches contribuant à résoudre des problèmes de société. Pour lui, faire face au changement climatique est devenu l’une des tâches les plus pressantes de notre planète et il dirige donc ses recherches dans cette direction.