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Abaissement partiel du Rhône, pour la sécurité des Genevois·es

 

Du 18 au 29 mai a eu lieu, comme tous les quatre ans environ, l’abaissement du Rhône. L’opération, repensée pour préserver au mieux la faune et la flore du fleuve, n’en reste pas moins particulièrement délicate et suivie de près. Retour sur cette chasse aux sédiments.

 

Texte : Michaël Perruchoud /// Photos: Guillaume Mégevand et François Martin

Pour comprendre pourquoi le lit du Rhône doit être nettoyé à intervalles réguliers, une petite plongée historique s’impose. Et l’on comprend alors que c’est l’Arve qui est responsable de toute l’opération et nous oblige à évacuer les sédiments déposés dans le fleuve.

 

DES CRUES DÉVASTATRICES

Si le Rhône arrive à Genève paisible, les crues de l’Arve sont rares, mais imprévisibles et dévastatrices. Au fil des siècles, la rivière s’est déchaînée à plusieurs reprises. En 1570, la crue est telle que la cité de Bonneville est presque entièrement détruite. A Genève, les ponts ne résistent pas au reflux des eaux et, sur les berges, les moulins tournent à l’envers. Au fil des siècles, les digues et autres ouvrages se sont multipliés pour domestiquer les humeurs de l’Arve. Mais si on compose avec la nature, on ne la dompte pas et la liste des années de grandes crues (1527, 1570, 1651, 1673, 1711, 1888) montre que l’Arve reste sauvage, en dépit des efforts humains.

AU CHEVET DU FLEUVE

La construction de barrages sur le cours du Rhône, outre la production d’électricité que ces ouvrages permettent, constitue un bon moyen de réguler le débit du fleuve. Reste que l’Arve conserve son caractère impérieux. Le 2 mai 2015, 905m3 de débit par seconde ont ainsi été mesurés au plus fort de la crue. Il fallut alors ouvrir les barrages et travailler jour et nuit pour éviter une catastrophe. La crue, plus spectaculaire que dramatique, rappela toutefois la nécessité de nettoyer le fond du fleuve des sédiments accumulés, afin de maîtriser les lignes d’eau et de maintenir une côte qui permette aux crues de l’Arve et du Rhône de passer sans inonder le centre-ville. Ainsi, les abaissements sont nécessaires à la sécurité des bords du Rhône et de quartiers entiers de Genève aujourd’hui extrêmement peuplés.

Un bilan satisfaisant

 

A l’heure de la remontée des eaux, c’est plus de 1,2 million de tonnes de sédiments qui ont été retirées du Rhône. Au vu des complexités météorologiques et hydrologiques auxquelles les équipes ont dû faire face, c’est un résultat satisfaisant. Si la difficulté et la finesse de l’opération devaient encore être démontrées, la journée du 23 mai en fut un parfait exemple. La crue de certaines rivières imposa en effet une gestion extrêmement complexe des vannes et des niveaux. Pendant 43 minutes environ, le taux de matières en suspension fut supérieur aux normes (les dépassements autorisés sont normalement de 30 minutes). L’épisode fut court et les contrôles effectués par les biologistes n’ont pas décelé d’impact supplémentaire visible sur la faune. Globalement, le taux de matières en suspension est demeuré bas durant toute l’opération.

UNE NÉCESSAIRE COLLABORATION FRANCO-SUISSE

L’abaissement ne peut se faire sans une collaboration franco-suisse. En effet, on ne peut baisser la retenue de Verbois sans une parfaite concertation avec l’aval et notamment le barrage de Génissiat. La Compagnie nationale du Rhône (CNR) agit ainsi de concert avec SIG et la Société des Forces Motrices de Chancy-Pougny (SFMCP) et baisse la retenue de Génissiat pour faire transiter les sédiments vers l’aval. Mais un abaissement partiel, c’est aussi une grande mobilisation humaine, pour limiter les conséquences environnementales et suivre un plan de baisse, puis de remontée des eaux. Ce ne sont pas moins de 300 collaboratrices et collaborateurs qui sont impliqués dans l’abaissement.

 

PRÉSERVER L’ÉCOSYSTÈME

Parmi eux, Estelle Lecomte, qui vit son premier abaissement. Ingénieure en environnement, elle se consacre aux grandes actions environnementales de SIG. «L’abaissement, c’est la déconnexion du fleuve de milieux comme les roselières, les étangs qui constituent une forte richesse de faune et de flore. Ce sont des lieux auxquels nous accordons une attention toute particulière.» Réflexions et actions débutent alors bien en amont. «Nous avons capitalisé sur l’expérience des précédents abaissements (2012 et 2016) et savions par exemple que l’étang de la Touvière recelait beaucoup de poissons. En coordination avec le canton, nous avons organisé une grande pêche de sauvetage accompagnée de mandataires spécialisés, afin de sortir de l’étang un maximum de poissons.»

DES HÔTELS À POISSONS

Des bennes de stockage oxygénées ont été mises en place pour accueillir petits et moyens poissons. «Il faut imaginer des sortes de grands aquariums de 7m3, où la qualité de l’eau est constamment vérifiée. Une sorte d’hôtel à poissons.» Au total, environ 14’000 poissons de 17 espèces différentes ont été recueillis dans différents étangs et canaux. Pour des raisons de prédation, les plus grands poissons sont séparés des autres et convoyés vers La Plaine ou au Moulin de Vers, où l’eau demeure en quantité suffisante.

Des pêches de sauvetage ont également été réalisées dans les passes à poissons des barrages. Estelle Lecomte souligne l’importance des travaux environnementaux effectués. Ainsi, l’étang de la Touvière et l’embouchure de l’Allondon ont été le théâtre de travaux de creuse. «Ajouter de la profondeur, c’est un plus pour la survie des poissons.»

«En coordination avec le canton, nous avons organisé une grande pêche de sauvetage accompagnée de mandataires spécialisés, afin de sortir de l’étang un maximum de poissons.» 

 

Estelle Lecomte, ingénieure en environnement

TIRER À LA MÊME CORDE

«Il y a un impact sur l’environnement, il serait insensé de dire le contraire, reconnaît Estelle Lecomte. Il y a peut-être des critiques sur les réseaux sociaux, mais nous mettons toute notre énergie pour minimiser cet impact. Sur le terrain, tout le monde s’investit pleinement pour préserver au mieux la faune et la flore.»

Durant l’opération, la gestion des matières en suspension, principalement des limons et du sable, est essentielle, de manière à déranger le moins possible les grands poissons qui se trouvent dans le fleuve, qui supportent mal les hauts taux de particules. Le taux de matières en suspension, c’est l’une des préoccupations principales de Gary Bird et de son équipe. Derrière leurs écrans, ils manœuvrent les vannes jour et nuit pour assurer le bon déroulement de l’abaissement. Les chargés de conduite travaillent d’arrache-pied pendant ces dix jours.

Pêche de sauvetage dans la passe à poissons du barrage de Verbois.

UNE ÉQUATION À MULTIPLES INCONNUES

Gary Bird a vécu quelques abaissements, c’est le deuxième «partiel». D’ailleurs, quelle est la différence entre une vidange totale et un abaissement partiel? «C’est plus long, cela veut dire que nous sommes sous tension plus longtemps et que la gestion des matières en suspension est plus complexe.» Il convient en effet de déconnecter le plus lentement possible les plans d’eau connexes au Rhône. C’est une condition nécessaire pour minimiser l’impact environnemental. Sur la retenue de Verbois, le niveau du Rhône a été baissé de moins 12m sous la cote normale de la retenue, sur celle de Chancy-Pougny de moins 8 mètres.

Lors d’un abaissement partiel, la gestion des matières en suspension est plus complexe.»

 

Gary Bird, responsable de conduite et d’exploitation

L’abaissement est une équation à multiples inconnues: la coordination avec la France, le niveau du lac, la nécessité de respecter le taux de matières en suspension sont autant de contraintes avec lesquelles il faut jongler. On ne change pas le niveau d’un fleuve sans une concertation étroite et une rigueur de tous les instants. La qualité de l’eau est ainsi contrôlée 24h/24. «Pendant la durée de l’abaissement, les matière en suspension doivent respecter une concentration de 5 par litre.» Car le milieu naturel doit rester vivable pour la faune qui s’y trouve.

Et si le mois de mai revêt divers avantages en termes de planification, ce n’est pas une période où l’Arve est particulièrement calme. Il faut maîtriser les crues. C’est d’ailleurs le risque principal de toute l’opération: si l’Arve se déchaînait vraiment, l’abaissement serait impossible.