Edition printemps 2019

En bref

Nouvelles du développement durable et actualités SIG

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Innovation

«Il faut comprendre la psychologie du comportement durable»

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Eco-responsable

Les bienfaiteurs de l’or bleu

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Coulisses

Cheneviers IV, ou quand les déchets deviennent une ressource

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Partenaires

SIG au cœur de la vie locale

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Parole de client

Les Lancéennes et les Lancéens investissent dans le solaire

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Rencontre

Une lessive qui ne fait pas tache

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Saveurs

Au Richemond, Le Jardin devient potager

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Nature

La ville nourricière

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Agenda

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SIG ET VOUS

 Coulisses 

 

Cheneviers IV, ou quand les déchets deviennent une ressource

 

Destinée à incinérer proprement les déchets des Genevois à son ouverture en 1966, la célèbre usine a subi de nombreux travaux. Sa nouvelle mouture sera inaugurée en 2023. Retour sur l’histoire d’un lieu qui témoigne aussi de l’évolution de notre rapport à nos détritus.

 

Texte: Sylvie Ulmann /// Photos: Magali Girardin, Pierre Albouy, SIG

L’usine de traitement et de valorisation des Cheneviers IV sera inaugurée en 2023. Pour la construire, SIG a lancé un chantier à la fois titanesque et particulièrement délicat: il s’agit en effet de démanteler les installations existantes et d’en bâtir de nouvelles sans interrompre l’exploitation du site. Avec le projet Cheneviers IV, Genève disposera d’une usine dernier cri. Elle traitera quelque 160’000 tonnes de déchets par an, contre 250’000 actuellement. Et si aujourd’hui on les valorise déjà en produisant de la chaleur par exemple, le nouveau site en générera autant que son prédécesseur avec pourtant 35% de déchets en moins. Il est aussi taillé pour encourager les Genevois à mieux trier leurs poubelles, de façon à atteindre l’objectif fixé par le Canton, soit un taux moyen de recyclage de 60% d’ici à 2024. A noter la particularité genevoise qui démontre un taux de tri de 48,6%, soit proche de la moyenne suisse qui avoisine les 50%, et ceci sans taxe au sac, mais par l’éducation et la communication.

 

CLAIRE ET ÉLÉGANTE

Aire-la-Ville, qui abrite l’usine depuis plus de cinquante ans, va devoir s’habituer à son nouveau visage. La fameuse cheminée rouge et blanche des Cheneviers II, avec ses 108 mètres de haut – soit l’équivalent de 36 étages –, avait fini par faire partie du paysage. Elle a été démolie l’été dernier. Une opération d’envergure, car pour la démanteler, il a fallu la découper en rondelles de hauteurs variables, en fonction de l’altitude à laquelle elles étaient manutentionnées. Celle des Cheneviers III sera, elle, démontée en 2024. Quant à la nouvelle installation, elle sera pourvue de deux cheminées de 65 mètres de haut seulement. Elles seront également munies de bandes rouges et blanches puisque le site d’Aire-la-Ville est situé dans le cône d’approche de l’aéroport de Cointrin. 

Claire et élégante, cette future construction aux allures de navire a été imaginée par un groupe d’ingénieurs spécialisés et d’architectes. Ceux-ci l’ont conçue comme un bâtiment unique, lui donnant enfin une véritable unité visuelle, en totale rupture avec son ancêtre, constituée d’un amoncellement de bâtiments et d’installations en partie inutilisés de Cheneviers I et II. En 2023, fours, halle de déchargement, bureaux, cafétéria et ateliers seront rassemblés sous un même toit. Pour laisser place à ce nouveau bâtiment, les anciens doivent donc être détruits. Il faut dire que la plupart ne sont pas de première jeunesse, le site des Cheneviers I ayant été inauguré en juin 1966. Avec sa cheminée qui surplombe la campagne et ses deux fours permettant d’incinérer 100’000 tonnes de déchets par an, cette installation était alors la plus performante du pays. Elle produisait déjà de l’électricité, utilisée pour alimenter le site.

Depuis la fin du XIXe siècle, on réfléchit à des solutions plus propres en matière d’incinération des déchets.

Jusqu’à la mise en service en 1968 de la première usine des Cheneviers, les Genevois se débarrassaient de leurs ordures dans des décharges ou les brûlaient en plein air. Depuis, l’usine n’a cessé de se moderniser. 

LA PRISE DE CONSCIENCE

Cette usine des Cheneviers, les Genevois l’attendaient depuis longtemps. Jusque-là, ils se débarrassaient de leurs ordures dans des décharges ou les brûlaient en plein air, polluant atmosphère, sols et nappe phréatique. Depuis la fin du XIXe siècle, on réfléchissait à des solutions plus propres. Le Grand Conseil avait d’ailleurs voté les crédits nécessaires en 1889! Dix ans après la mise en service des Cheneviers I, en 1978, un premier projet d’agrandissement donne naissance à Cheneviers II. Dotée d’un four pour déchets ordinaires et d’un four rotatif pour le traitement de ceux dits spéciaux à haut pouvoir calorifique, l’usine pouvait incinérer plus de 200’000 tonnes de déchets. On a alors arrêté d’y brûler des fûts toxiques à l’air libre et commencé à traiter les déchets spéciaux estimés dangereux dans une installation ad hoc. Hélas, la production de déchets n’a pas  cessé de croître, doublant en quinze ans. Très vite, malgré son agrandissement récent, le site Cheneviers II est dépassé. Et, bien que dotée d’équipements dernier cri pour l’époque, l’usine est source de pollution atmosphérique, comme d’ailleurs toutes ses cousines aux quatre coins de la Suisse. En décembre 1985, le Conseil fédéral adopte une ordonnance sur la protection de l’air (OPair). Celle-ci incite les Cheneviers à imaginer une usine de nouvelle génération, moins polluante. Sept ans plus tard, en 1992, les installations sont agrandies et modernisées. Pour la première fois, les fours sont pourvus de laveurs de fumées, de manière à répondre aux exigences de Berne. Dans l’intervalle, en 1988, la station de compostage de Châtillon ouvre ses portes, signe que l’on commence à s’intéresser au contenu des poubelles genevoises. On encourage le tri et, entre 1985 et 1990, le taux de récupération des déchets double, passant 6% à 12%. Avec le projet Cheneviers III, la capacité d’incinération dépasse les 350’000 tonnes de déchets par an.

«L’usine Cheneviers IV est taillée pour encourager les Genevois à mieux trier leurs poubelles, de façon a`atteindre l’objectif fixé par le canton, soit un taux moyen de recyclage de 60% d’ici  a`2024.»

CHANGEMENT DE PARADIGME

Tout change au 1er janvier 2001, lorsque l’Etat passe le témoin de l’exploitation du site des Cheneviers à SIG. La transition énergétique est passée par là, et l’on ne considère plus les déchets comme des rebuts, mais comme des ressources. Dès 2002, l’Etat incite SIG à s’allier à des partenaires privés pour créer un réseau de chaleur à distance. Exploité par CADIOM – société détenue à 51% par SIG – il alimente plus de 20 000 ménages et entreprises sur les communes d’Onex, Aire-la-Ville, Bernex, Confignon et Petit-Lancy. A la clé, 30’000 tonnes de CO2 économisées chaque année. Avec le réveil des consciences environnementales, les Genevois se mettent sérieusement au tri et les filières de recyclage se développent, tant et si bien que les Cheneviers finissent… par manquer de déchets pour faire fonctionner leurs fours! Le site, désormais en surcapacité, traite alors des déchets vaudois, voire français, allemands et autrichiens, suscitant au passage quelques polémiques. En 2006, les Vaudois inaugurent leur propre usine d’incinération à Lausanne. Lorsqu’en 2008 le Canton vend le site des Cheneviers à SIG, celle-ci entreprend une réflexion pour réadapter la capacité de l’usine aux besoins du canton. En 2013 enfin, le Conseil d’Etat valide le projet de la nouvelle usine, qui verra le jour en 2023.

Une usine au vert

Dans la nouvelle usine, les mesures de protection de l’environnement – suivi de la qualité de l’air, lavage des fumées – seront encore plus renforcées. Le site s’est en outre doté cette année d’un moyen de surveillance de pointe: les abeilles! Grâce à des ruches installées aux alentours, on pourra repérer d’éventuelles pollutions en comparant le métabolisme de leurs occupantes à celui de leurs congénères butinant ailleurs dans le canton. Pour favoriser la biodiversité de la faune locale, une vingtaine de nichoirs à oiseaux supplémentaires seront installés à proximité de l’usine et sur les berges du Rhône. Et toujours dans un souci de préserver l’environnement, l’usine cessera tout rejet liquide dans le Rhône – jusqu’à présent, l’eau nécessaire à son fonctionnement et à son refroidissement était pompée, puis déversée dans le fleuve. Des aérocondenseurs (gros radiateurs ventilés) prendront le relais. Sa situation en bordure du fleuve constitue cependant un atout: aujourd’hui déjà, 40% des déchets urbains sont acheminés par voie fluviale, ce qui permet d’éviter le trajet quotidien de 70 camions. Chaque jour, quatre barges parcourent quatre fois la douzaine de kilomètres qui séparent le centre-ville de l’usine. Chacune d’entre elles peut transporter 170 tonnes de déchets. Elles fonctionnent au biocarburant et avancent à vitesse réduite de manière à préserver les berges du fleuve. Un moyen de transport écologique appelé à perdurer.
Un pont mobile sera mis en place pour permettre à la fois leur passage et la circulation des camions. Enfin, Cheneviers IV n’occupera que 30’000m2, contre 65’000m2 auparavant. L’espace libéré par le démantèlement des installations obsolètes sera rendu à la faune, à la flore et aux flâneurs dès 2026, après renaturation.