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Enerdrape, révolution dans la géothermie

Il y a un an, trois spécialistes en énergie de l’EPFL fondaient Enerdrape. La start-up vaudoise propose des panneaux destinés à valoriser la chaleur ambiante des parkings souterrains et autres tunnels. Le potentiel de la méthode, testée grandeur nature à Lausanne depuis quelques mois, est significatif.

Texte et photo: Clément Grandjean

Discrets et faciles à installer, les panneaux thermiques proposés par Enerdrape devraient coloniser toujours plus de parkings et de tunnels. Margaux Peltier fait partie du trio d’ingénieurs qui a créé cette start-up en partant d’une idée à la fois simple et inédite: transposer le principe de base de la géothermie à des aménagements souterrains existants.

Ils passent inaperçus au premier abord, ces dix panneaux ornés d’ondulations bleues et blanches fixés contre l’une des parois de béton du parking de Sébeillon, en plein centre-ville lausannois. Il faut s’en approcher pour remarquer les fins tubes de cuivre qui relient les plaques métalliques entre elles. Ce ne sont pas des surfaces publicitaires ni des éléments décoratifs, mais bien des panneaux thermiques destinés à valoriser la chaleur de ce sous-sol.

 

Utiliser la chaleur souterraine pour tempérer les bâtiments, l’idée n’est pas nouvelle. «C’est le principe physique de base de la géothermie, note Margaux Peltier, ingénieure civile et cofondatrice de la start-up vaudoise Enerdrape, qu’elle a créée en juin 2021 avec Alessandro Rotta Loria et le professeur Lyesse Laloui. Le terrain fonctionne un peu comme une batterie thermique: la température y est bien plus constante que dans l’air ambiant.» Ce qui est innovant chez Enerdrape, c’est la manière de capter cette énergie qui se trouve à disposition: aucun forage n’est nécessaire, puisque la méthode exploite les parois d’infrastructures souterraines existantes. «Le béton est réchauffé par le sol avec lequel il est en contact. Cette approche se prête à une application dans des parkings, mais pas seulement. On peut imaginer placer des panneaux de notre fabrication dans des tunnels ou encore dans des stations de métro. A l’échelle régionale ou nationale, le potentiel est énorme.»

 

Basse température

L’autre avantage de la méthode d’Enerdrape, c’est sa simplicité. Les panneaux sont fins, légers, faciles à installer, y compris sur des constructions préexistantes ou dans le cas d’une rénovation, et reposent sur une technique éprouvée: «L’eau circule dans les panneaux entre deux plaques d’aluminium qui servent de matrice conductrice, explique Margaux Peltier. Elle se réchauffe à leur contact et atteint la température du sous-sol avant d’être injectée dans le système. Le seul élément électrique nécessaire est une pompe qui met l’eau en mouvement.»

 

Dans le parking privé où la start-up lausannoise teste sa méthode, l’atmosphère n’est pas franchement torride. Pas de quoi inquiéter l’entrepreneuse: «Contrairement à ce que l’on croit souvent, une installation géothermique n’a pas besoin d’une température extrêmement élevée, précise-t-elle. 6 à 10°C à la source suffisent. Une pompe à chaleur permet ensuite de faire monter l’eau à la température nécessaire, en général autour de 35 à 40°C, et de l’injecter dans le système de chauffage du bâtiment. Ces réseaux dits «basse température» sont les plus efficients, car ils entraînent peu de pertes.»

Chaque source de chaleur compte

De l’eau, une pompe, des tubes et des panneaux de métal, la méthode d’Enerdrape paraît presque trop simple pour être vraie. «On nous demande souvent pourquoi personne n’y a pensé avant, sourit Margaux Peltier. Mais, dans ce domaine, c’est simple d’arriver à des solutions compliquées, mais c’est compliqué d’arriver à des solutions simples à mettre en place. Le secteur du bâtiment a beaucoup misé sur d’autres technologie par le passé, mais on revient aujourd’hui à des approches plus complémentaires et résilientes.»

 

Si le produit développé par Enerdrape suscite l’intérêt d’une large clientèle privée et institutionnelle, c’est aussi parce qu’il répond à l’un des grands défis de notre époque: augmenter le pourcentage d’énergie zéro émission nécessaire à chauffer les villes. «Nos panneaux ne permettent pas à eux seuls de couvrir les besoins en eau chaude d’un immeuble, nuance la cofondatrice. Mais ils peuvent jouer un rôle clé dans un tableau global: en milieu urbain, l’expérience nous montre qu’il manque souvent 30 à 40% d’énergie pour atteindre 100% de chaleur issue d’une source renouvelable. Dans ce contexte, chaque calorie compte et la solution résidera dans la complémentarité.»

 

Former les installateurs

L’installation lausannoise n’est qu’une première étape pour Enerdrape: «Elle a pour but de tester le fonctionnement en conditions réelles, note Margaux Peltier. Nous prenons de nombreuses mesures de température pour mettre au point des outils destinés à optimiser le dimensionnement. Ce site nous a aussi permis de prouver l’efficacité de notre concept, de décrocher des mandats et d’affiner le design des panneaux, fabriqués par une entreprise italienne.» A terme, la start-up entend former un réseau de partenaires à l’installation de ses panneaux pour pouvoir sous-traiter cette étape et tirer les prix vers le bas. Pour qu’un jour, peut-être, chaque parking contribue à chauffer la ville.

ENERDRAPE

Enerdrape, c’est la transformation d’un projet de recherche appliquée en une start-up prometteuse. C’est au sein du Laboratoire de mécanique des sols de l’EPFL que le premier prototype de panneau destiné à capter la chaleur voit le jour. Margaux Peltier, Alessandro Rotta Loria et Lyesse Laloui décident alors de lancer sur le marché ce nouveau produit, héritier de près de 20 ans de recherche en géothermie au sein de l’institution lausannoise. Les trois ingénieurs ont pu compter sur le soutien de deux fonds nationaux pour lancer leur entreprise, qui volera bientôt de ses propres ailes: fin 2023, Enerdrape prévoit d’avoir installé 1000 panneaux.

 

www.enerdrape.com