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Entre développement durable et Grand Genève

 

La nouvelle STEP de Villette témoigne de la volonté d’assurer un traitement des eaux usées efficient, moderne et respectueux de l’environnement. L’installation a un versant transfrontalier et est la première conçue pour le traitement des micropolluants à Genève, ce qui lui confère son aspect innovant.

 

Texte: SIG /// Photos: Guillaume Mégevand

Tu n’en fais pas 25 dans ta vie, des ouvrages comme ça!» Jean-Paul Tassotti, responsable de la direction locale des travaux, travaille à SIG depuis trente-cinq ans. Il n’en garde pas moins un œil émerveillé sur les grandes réalisations industrielles et contemple l’évolution du chantier de Villette avec le sourire. Depuis juin 2019, il se rend directement sur le site, dans le petit container de chantier qui lui est réservé, au plus près des travaux.

 

LA DIRECTION LOCALE DES TRAVAUX

«La mise en œuvre d’une direction locale des travaux assurée par Jean-Paul Tassoti pour SIG nous permet une meilleure qualité de suivi et une meilleure information entre les différentes parties prenantes du chantier», explique Frédéric Giraud, responsable du projet.

Villette constitue à la fois l’un des derniers maillons d’une chaîne de rénovation d’ouvrages et la première intégration du traitement des micropolluants sur le sol genevois. Car si les rénovations de STEP à Bois-de-Bay comme à Chancy ont servi de modèles pour consolider les bonnes pratiques, un chantier de cette importance recèle forcément son lot d’impondérables. Le rôle de Jean-Paul Tassotti est donc d’identifier les éventuels écueils le plus en amont possible, selon le principe immuable du mieux vaut prévenir que guérir. «C’est avant tout une question de réactivité. Sur place, on peut intervenir immédiatement, on ne passe pas à côté d’informations importantes.» L’autre avantage, c’est le fait d’avoir déjà travaillé à des rénovations de STEP. «Tant du point de vue de l’ingénierie que de celui de l’exploitation, les équipes sont en place. Nous capitalisons sur l’expérience. De même, nous connaissons plusieurs mandataires et entreprises présentes sur le chantier, ce qui facilite les rapports et la bonne compréhension.» Il n’en demeure pas moins que l’interprétation des plans, le nombre d’intervenants sur le chantier et la coordination des actions nécessitent une connaissance large de nombreux métiers. Jean-Paul Tassotti se doit de penser large et de réagir vite.

 

LA SÉCURITÉ AVANT TOUT

La grue qui rythme la vie du chantier de son mouvement régulier, les ouvriers qui entrent et sortent des fondations témoignent du nombre d’actions colossales qui sont au cœur d’une telle entreprise. Ici sont posées des portes étanches qui faciliteront demain la maintenance des bassins, là sont creusées des fosses qui permettraient de stabiliser les bassins en cas de montée de la nappe. «On ne se rend pas compte de la force de l’eau. Si nous n’y prenions pas garde, une montée de la nappe pourrait soulever le bâtiment.» Entre questions impromptues et solutions techniques, le chantier avance avec un impératif fort, celui de la sécurité. «C’est notre préoccupation première. Nous souhaitons qu’aucun accident ne vienne entacher les travaux», précise Frédéric Giraud.

DES CHANGEMENTS DANS LA CONTINUITÉ

Pour Jean-Paul Tassotti, son travail à pied d’œuvre sur Villette n’est d’ailleurs pas près de se terminer. La mise en service des différentes parties de l’ouvrage se déroulera entre 2020 et 2022. En 2023, le versant «micropolluants» viendra couronner l’ensemble. Mais quelle sera la différence entre l’ancienne et la nouvelle STEP? «Le nouveau procédé de traitement biologique par boue activée, simple et robuste, demeure quasi identique à l’existant et à celui mis en œuvre sur Bois-de-Bay et Chancy. Si l’ensemble va être modernisé, le principe du travail d’épuration restera donc le même», explique Frédéric Giraud. Ainsi, des bâtiments existants, comme celui qui abrite le traitement des boues, ou encore les locaux du personnel d’exploitation seront conservés et rénovés. La volonté est de respecter à la fois l’existant et le budget alloué au projet. «Nous sommes bien évidemment challengés sur le plan financier et sur les délais, pour éviter les risques de dépassement.»

 

LE TRAITEMENT NE S’ARRÊTERA PAS

L’autre caractéristique du chantier, c’est qu’il se déroule alors même que le traitement des eaux usées ne peut être interrompu. Ainsi, les collaborateurs de l’exploitation maintiennent le traitement biologique actuel qui purifie les eaux, sur fond de grue et de bruits de maçonnerie. Cela impose quelques contraintes, tant au niveau des ingénieurs qui font avancer le projet qu’à celui des exploitants de STEP qui font leur travail au quotidien.

«Depuis 1979, la STEP de Villette est calibrée pour traiter les eaux usées de 50'000 habitants. Le nouvel ouvrage, lui, traitera les eaux de 80'000 habitants.»

Aux yeux de Philippe Zingre, gestionnaire de conduite et d’exploitation, la cohabitation se passe plutôt bien: «Nous avons la possibilité de donner notre avis, de suivre l’évolution des travaux. Et l’ambiance sur le chantier est très sympathique, on sent vraiment qu’il y a une volonté de bien faire. L’essentiel, c’est ça: l’aspect humain.» Evidemment, les expériences et le retour concret du personnel d’exploitation constituent un plus. Mais n’est-il pas curieux de voir naître l’ouvrage du futur à deux pas des bassins où l’on travaille au quotidien? «Pas vraiment, reprend Philippe Zingre. Le métier ne va pas changer. Je crois qu’il faut plutôt voir ce chantier comme une chance.» 

Depuis 1979, la STEP de Villette est calibrée pour traiter les eaux usées de 50’000 habitants. Le nouvel ouvrage, lui, traitera les eaux de 80’000 habitants. Et l’on se demande pourquoi viser si grand? «Les communes connectées vont évoluer démographiquement. Je pense bien sûr aux Communaux d’Ambilly, mais pas seulement. L’ouvrage que nous mettons en œuvre devra fonctionner cinquante ans pour le moins. Dès lors, il doit être fondé sur une vision à long terme.»

 

LES MICROPOLLUANTS EN VERSION TRANSFRONTALIÈRE

L’histoire commence en 2010, lorsque la question du renouvellement de Villette voit le jour. Des contacts sont pris avec l’agglomération d’Annemasse, propriétaire de la station d’épuration d’Ocybèle, afin de considérer les possibilités de mutualiser le traitement. En effet, les ouvrages français et suisse ne sont séparés que par quelques centaines de mètres. L’envie d’un partenariat existe, mais les calendriers et les nécessités d’exploitation ne sont pas les mêmes, et les travaux ne peuvent être envisagés de concert. Le renouvellement d’Ocybèle ne peut attendre celui de Villette. Toutefois, la qualité des contacts permettra, quelques années plus tard, d’ajouter une pierre aux deux édifices: le traitement des micropolluants, des résidus provenant de produits d’usage domestique (médicaments, cosmétiques, détergents, édulcorants), industriel et agricole. L’amélioration de la précision des mesures permet en effet de déceler dans l’eau ces substances autrefois indétectables. Et l’élimination des micropolluants fait partie des objectifs de la Confédération, qui exige que toutes les STEP d’envergure soient dotées d’installations permettant d’en éliminer la majeure partie à l’horizon de vingt ans. Ce pas en avant, Genève est bien décidé à l’accomplir le plus tôt possible sur tous ses ouvrages d’importance.

«L’amélioration de la précision des mesures permet de déceler dans l’eau des substances autrefois invisibles. Et l’élimination des micropolluants fait partie des objectifs de la Confédération, qui exige que toutes les STEP d’envergure soient dotées d’installations permettant d’en éliminer la majeure partie à l’horizon de vingt ans.»

Mais, problème, Villette n’avait pas une taillequi lui permettait d'être d’éligible aux aides fédérales. A la lumière des enjeux environnementaux pour l’Arve, le traitement conjoint des eaux d’Annemasse sur le plan des micropolluants prenait alors tout son sens. En 2016, la Confédération donnait son aval à l’éventualité d’un tel scénario. L’accord d’Annemasse Agglo, en mai 2019, ouvrait donc la voie à ce projet commun.

 

UN OUVRAGE PRÉCURSEUR

Dès la mise en service de cet ouvrage transfrontalier de filtration par charbons actifs, en 2023, les micropolluants seront donc éliminés à plus de 80%. Les eaux usées, en sortie de la STEP française, seront pompées puis transférées par une conduite enterrée, avant d’être mélangées aux eaux usées de la STEP de Villette dans un bassin spécifique en amont du traitement commun des micropolluants. Pour la France, qui privilégie le traitement à la source, il s’agira d’un ouvrage précurseur; pour Genève, il s’agira d’une première, qui sera bientôt exportée aux autres STEP importantes du canton. Cette collaboration transfrontalière, teintée de développement durable, est le résultat d’une volonté commune de travailler ensemble et montre le meilleur visage du Grand Genève.