fr GoH! roule pour l’hydrogène vert

Edition automne 2022

En bref

Nouvelles du développement durable et actualités SIG

En bref - Sommaire

Innovation

GoH! roule pour l’hydrogène vert

GOH - Sommaire

Eco-responsable

Réinventer demain grâce à nos déchets

Déchets - Sommaire

Coulisses

énergie: Genève se prépare à une possible pénurie

Pénurie - Sommaire

Partenaires

SIG au cœur de la vie locale

Partenaires - Sommaire

Parole de client

L’Organisation météorologique mondiale rend son siège plus vert

OMM - Sommaire

Rencontre

«Histoires de Genève», les mille visages d’une ville

Rencontre - Sommaire

Nature

L’eau, un bien précieux à préserver

Nature - Sommaire

Saveurs

Des crêpes qui dépotent

Saveurs - Sommaire

Agenda

Agenda - Sommaire

idées durables

INNOVATION

GoH! roule pour l’hydrogène vert

Des camions qui roulent à l’hydrogène et rejettent de l’eau en lieu et place du CO2, c’est le pari du projet Generation of Hydrogen, qui réunit la Fondation Nomads, LARAG, GreenGT, Migros Genève et SIG. Dès cet automne, un premier prototype circulera dans le canton.

Textes: Pauline Cancela - Photos: GoH!

Il ressemble en tout point à ses congénères, mais il ne fait aucun bruit et ne rejette que de l’eau dans l’atmosphère. Premier poids lourd 100% suisse fonctionnant à l’hydrogène, le camion GoH! circulera dès cet automne sur les routes genevoises aux couleurs de la Migros. Face à l’urgence climatique, ce 40 tonnes d’un genre nouveau est le point de départ d’une petite révolution dans le transport routier. Fruit d’un partenariat public-privé autour de l’ambitieux programme «GoH! Generation of Hydrogen», ce véhicule vise à démontrer la pertinence d’une filière hydrogène verte en Suisse, un domaine où tout reste encore à développer.

 

Au départ, c’est Migros-Genève qui s’est lancée dans ce projet un peu fou avec le développeur GreenGT, spécialisé dans les systèmes de propulsion de forte puissance électrique-hydrogène. La coopérative a été rejointe par le constructeur saint-gallois LARAG, qui a adapté le châssis du véhicule, puis par SIG pour la production d’hydrogène vert et local. Ce quatuor d’entreprises est orchestré par la Fondation Nomads, active dans la diffusion et le développement de solutions durables. C’est elle qui a permis à cette synergie d’exister.

Une solution de décarbonation

«L’hydrogène vert est une des solutions de décarbonisation qui garantit une meilleure qualité de l’air et du niveau sonore ambiant. Silencieux et rejetant uniquement de l’eau, le camion GoH! permet d’agir sur ces deux domaines», se réjouit Sabrina Cohen Dumani, fondatrice et directrice de Nomads. Elle rappelle que la filière est balbutiante, d’où la nécessité de rassembler tous les acteurs de la chaîne autour d’une table pour aller de l’avant: «Dans un domaine où tout est encore à faire, notre objectif n’est pas d’attendre que le marché soit mature, mais de favoriser le développement du secteur en agissant sur toute la chaîne de valeur.»

 

Lancé en 2019, le projet entre enfin dans sa phase concrète sous la forme d’un prototype à quatre roues. «Les tests d’intégration sur le territoire genevois commencent début octobre, pour une mise en exploitation crescendo au milieu de l’automne, dès que le déplacement du camion est sécurisé», indique Thierry Kensicher, directeur logistique et informatique à Migros Genève. Avec son prototype, la coopérative veut jouer le rôle de pionnier pour montrer qu’à terme il sera possible de remplacer le gasoil sur de grandes distances. «Notre objectif est de décarboner la flotte d’ici à 2035, et l’hydrogène fait partie de cette stratégie, en combinaison avec les camions électriques ou roulant au biogaz», précise-t-il.

 

Production coûteuse

Dans le contexte de la décarbonation du transport routier, l’hydrogène offre en effet des avantages non négligeables. Pour ce qui est de la mobilité, il permet une autonomie comparable aux véhicules diesel et se prête particulièrement aux poids lourds, entre autres du fait de la rapidité du plein – contrairement au temps de charge d’une batterie électrique par exemple. «En une dizaine de minutes, votre réservoir est rempli», commente Fréderic Schulz, Directeur distribution gaz à SIG.

Dans le cadre du projet GoH!, la part de SIG consiste à étudier la question d’une filière de production locale qui soit renouvelable avec un très haut niveau de sécurité de toute la chaîne. La tâche est complexe et coûteuse, car l’hydrogène n’existe pas en tant que tel dans la nature, mais doit être créé puis stocké dans des containers à haute pression. Le mode de production le plus répandu et le moins cher, qui consiste à séparer les molécules d’hydrogène du carbone à partir du gaz naturel, est polluant. Pour être verte, la production d’hydrogène doit donc faire appel à d’autres techniques, comme l’électrolyse, un procédé qui permet d’extraire l’hydrogène de l’eau. C’est cette option que SIG étudie.

◖◖ L’hydrogène vert est une des solutions de décarbonisation qui garantit une meilleure qualité de l’air et du niveau sonore ambiant. ◗◗

«Si nous décidons d’aller de l’avant dans ce projet, nous effectuerons une phase d’étude détaillée avant de nous lancer dans la réalisation concrète avec l’achat de matériel, très coûteux pour réaliser l’électrolyse, et la mise en place des infrastructures nécessaires», explique Frédéric Schulz. Au vu des investissements nécessaires et dans un contexte de pénurie énergétique, l’équation est toutefois complexe. L’électrolyse est gourmande en électricité renouvelable et n’offre pas un rendement optimal. Si l’option reste intéressante sur la mobilité lourde, l’électricité demeure l’alternative pour les trajets courts. «Aujourd’hui, nous devons chercher pour chaque usage la bonne alternative, sans opposer les différentes technologies», rappelle encore Frédéric Schulz.

 

Dans l’attente d’une production locale, le véhicule GoH! roulera jusqu’à Crissier (VD), où se trouve pour l’instant la seule pompe à hydrogène de Suisse romande.

UN PROJET À LARGE SPECTRE

Le projet «GoH! Generation of Hydrogen» ne s’arrête pas à un prototype de camion à propulsion électrique-hydrogène. Outre l’ambition de démontrer la viabilité économique d’une filière de production d’hydrogène décarboné au bout du lac, le programme implique toute la chaîne de valeur, y compris dans le domaine de la formation. «Nous travaillons sur l’ensemble des compétences qui sont et seront nécessaires, soit la production, la distribution, mais aussi le stockage et l’usage de l’hydrogène», précise Sabrina Cohen Dumani, directrice de Nomads. Dans ce contexte, la fondation genevoise entend jouer un rôle moteur en analysant l’ensemble des besoins futurs en formation, et travaille de près avec des associations professionnelles et des hautes écoles. Si l’hydrogène est aujourd’hui une alternative coûteuse, dans un contexte de pénurie énergétique qui plus est, elle estime qu’il faut se projeter à long terme: «Développer la filière, c’est garantir l’indépendance énergétique de la Suisse.»