fr Le bois dans tous ses états

Edition printemps 2021

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Le bois dans tous ses états

 

Les Deux Rivières, c’est une approche du bois holistique et durable, une petite structure genevoise désireuse de mêler tradition et technologies. Avec une scierie mobile, Roland et Cyril sont en mesure de prendre en charge l’ensemble du processus de transformation du bois, de l’abattage à la réalisation d’objets et de meubles. L’entreprise a remporté le Prix IDDEA 2020.

 

 

Texte: Joëlle Loretan /// Photos: Vanina Moreillon

Roland Freymond est architecte. Il se souvient des arcs et des kayaks qu’il fabriquait à partir du bois. Il utilisera plus tard ce matériau dans des travaux de rénovation et des projets de permaculture, toujours en parallèle de son travail. Cyril Pasche est bûcheron-arboriste. Le soin aux arbres, il connaît. Le gaspillage au moment de l’élagage, aussi. «Durant des années, j’ai vu le bois que je coupais finir en bois de feu, broyé à la décharge ou laissé sur place. Ce n’est pas mauvais en soi pour les forêts, mais c’est un matériau qui a tellement d’usages possibles! On peut en faire beaucoup de choses.» Et puis un jour, la trentaine tout juste passée, les sensibilités de ces deux amis d’adolescence se rejoignent. C’est quand Roland réalise que le nombre de scieries encore en activité à Genève est quasi nul (ne faisant pas le poids face au prix du bois importé de l’étranger) que le déclic se fait. La scierie mobile lui apparaît alors comme une évidence. «J’ai appelé Cyril pour lui demander s’il voulait démarrer cette aventure avec moi.» Sa réponse, vous la devinez… En septembre 2019, les deux compères se jettent à l’eau et ouvrent les vannes des Deux Rivières.

MÊME LES TORDUS

«Le point de départ du projet, c’est d’offrir une alternative locale au bois qui est aujourd’hui importé, parfois de très loin, alors que l’on peut utiliser les arbres qui poussent juste autour de nous», explique Cyril. Et, à Genève, les essences ne manquent pas: chênes, frênes, cèdres, séquoias, cerisiers, noyers, poiriers, bouleaux, platanes ou encore cyprès, pour ne citer qu’eux. Accompagnés de leur scierie mobile, Roland et Cyril s’adaptent aux «tordus». Ils sont en effet à même de s’occuper d’arbres qui ne sont pas envoyés en scierie parce que ne possédant pas les bonnes longueurs ou présentant des départs de branches considérés comme des défauts. «A petite échelle, c’est plus facile d’aborder ces cas particuliers, explique Roland. Et notre proposition correspond bien à une ville comme Genève qui, à défaut d’avoir beaucoup de forêts, possède beaucoup d’arbres.»

Les avantages d’une scierie mobile

 

Les avantages sont nombreux, à commencer par l’accès à un service de proximité, qui offre aux propriétaires de bois un débit à la carte et de façon artisanale. En utilisant une scierie mobile, les troncs massifs n’ont plus besoin d’être transportés, puisque l’arbre est scié sur le lieu d’abattage, d’où un gain de temps et une réduction des coûts. Roland et Cyril pointent également des impacts bénéfiques en termes environnementaux. «Avec un circuit ultra court, le projet permet une grande réduction des émissions de CO2 liées au transport du bois. Le séchage industriel est également une opération généralement très gourmande en énergie. En choisissant la méthode du séchoir solaire (voir encadré ci-dessous), nous voulons montrer qu’il est possible de sécher le bois assez rapidement et sans dépense d’énergie inutile. Nous voyons également un impact positif sur l’économie locale: en mettant en valeur une ressource indigène, on peut créer non seulement de la richesse matérielle, mais aussi des emplois durables et ancrés dans le territoire.»

Depuis quelques années, Roland et Cyril ressentent un intérêt grandissant pour l’utilisation de bois local de la part des professionnels (paysagistes, menuisiers, architectes), des communes et des propriétaires privés. Et, plus que comme un simple matériau de construction, ils envisagent le bois comme une solution pour les questions d’énergie et de résilience. «Un autre aspect de notre projet est de recréer un lien avec notre environnement, poursuit Roland. Le bois est un élément important de cette relation et c’est ce que nous aimerions mettre en avant par une approche complète du travail du bois, de l’arbre jusqu’à l’habitat. Le projet est pour nous plus large que scier du bois.»

«Notre idée est de créer un véritable courant autour de la culture du bois dans le canton. »

DE L’ABATTAGE À LA RÉALISATION

L’entreprise est en mesure d’assumer l’ensemble du processus de transformation du bois, de l’abattage au sciage en passant par le séchage, le rabotage ou encore la vente de bois brut et la conception sur mesure. En créant des objets et des meubles à partir du bois découpé, ils répondent aux souhaits de leurs clients et proposent du bois souvent moins cher que chez un grossiste. Tables, bancs et pergolas entrent ainsi dans le budget d’un ménage moyen.

Lorsqu’on leur demande de nous parler de quelques belles réalisations, Roland et Cyril évoquent ce banc réalisé avec un chêne ayant été foudroyé et réutilisé sur place, dans le parc des Evaux (Onex), ou ce projet de pavillon à l’Hôpital de psychiatrie de Belle-Idée (HUG). Leur vient aussi à l’esprit ce vigneron qui avait gardé ses billes de noyer dans l’attente de rencontrer «les bonnes personnes» avec qui travailler ce bois pour en faire une table, qu’il offrira à son fils. Mais, pour eux, la définition de «beau» dépasse l’aspect esthétique. «Un beau projet, explique Roland, c’est lorsque le lien est conservé entre le bois coupé et le projet du client, lorsque l’on peut réaliser un objet sur place. Pour nous, le côté humain de l’aventure est tout aussi important que le travail du bois.» 

Le projet Les Deux Rivières a gagné le Prix IDDEA 2020*

 

Les deux associés disposent d’une somme de 20’000 francs. Que vont-ils en faire? «Nous avons également reçu une bourse de G’innove, le programme d’encouragement à l’innovation sociétale de la Ville de Genève. Ces sommes nous ont permis d’acheter une raboteuse pour les planches et une tronçonneuse pour les troncs de grandes tailles, et d’acquérir du matériel pour le transport du bois. Ces montants nous aident aussi à mettre sur pied un séchoir solaire, une sorte de grande serre ventilée. Nous cherchons également à valoriser les chutes de bois et menons pour cela des travaux de R&D autour de la production de chaleur et d’électricité à partir de ces déchets. Et puis nous souhaitons aussi développer des ateliers autour de l’utilisation d’outils traditionnels. Notre idée est de créer un véritable courant autour de la culture du bois dans le canton.»

 

* Le Prix IDDEA encourage la concrétisation de projets d’entreprises durables et innovantes par un accompagnement spécifique et formateur des porteurs et porteuses de projets.