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idées durables

ÉCO-RESPONSABLE

Une mode qui respecte le vivant

Générant près de 10% des émissions de CO2, l’industrie du vêtement est, après celle du pétrole, la deuxième exploitation la plus polluante du monde. S’habiller durable devient un enjeu central face aux défis écologiques actuels. Coup de projecteur sur de jeunes entrepreneurs∙euses qui font rimer style et durabilité.

Texte: Mireille Jaccard - Photo: Nicolas Righetti / Lundi13

Chaque année, 80 milliards de vêtements sont produits dans le monde. En Suisse, plus de 100 000 tonnes de vêtements neufs sont vendus annuellement et 30% de nos habits dorment dans nos garde-robes. La tendance effrénée à surconsommer la mode occulte la réalité du gaspillage vestimentaire, de son impact écologique et éthique. «L’effondrement du Rana Plaza au Bangladesh en 2013 m’a fait prendre conscience des dérives de l’industrie du textile. J’ai commencé à faire des recherches et ai réalisé l’ampleur de ce système d’exploitation massive», explique Delphine Haccius, fondatrice d’Avani, une marque de mode éthique prônant un avenir durable.

 

Nouvelles matières et coupes intemporelles

Pour les acteurs de ce marché en pleine expansion, repenser la mode à travers une approche locale, transparente et engagée est une solution à long terme pour minimiser l’impact sur la planète. «Nous ne travaillons qu’avec des fibres naturelles traitées sans pesticides et moins gloutonnes en eau que le coton, afin de minimiser l’empreinte écologique», détaille Delphine Haccius. Ces fibres proviennent de sources végétales comme le chanvre, le lin biologique et le lyocell, appelé aussi Tencel®, un substitut aux textiles synthétiques fabriqué à base de pulpe de bois d’eucalyptus et d’un solvant biodégradable qui peut ensuite être recyclé à 99,7%. Avani s’est spécialisé dans le Tencel®, qui rappelle la soie au toucher et exige 18 fois moins d’eau que le coton. Les teintures ne contiennent, elles non plus, ni produits toxiques ni métaux lourds. «Ce qui me tient à cœur est d’assurer la traçabilité des matières. Plus on me disait que c’était difficile, plus je m’obstinais.» Pour proposer un modèle de production le moins polluant possible, il a fallu trouver les bons fournisseurs et un atelier de confiance. Le résultat? Avani est une marque transparente, dont chaque modèle possède un code QR permettant de visualiser les certificats des matières. La collection permanente et les quelques pièces de saison sont réalisées en petites quantités, ce qui permet d’éviter des invendus. «Je me creuse la tête pour trouver des designs qui soient à la fois beaux et compatibles avec les contraintes des matières ainsi que des finitions. Lorsque l’on met le doigt sur un modèle qui plaît, la sensation de satisfaction est inestimable.»

◖◖ Ce qui me tenait à cœur était d’assurer la traçabilité des matières. Plus on me disait que c’était difficile, plus je m’obstinais... ◗◗

Delphine Haccius, fondatrice d’Avani

En finir avec la surproduction

Même son de cloche du côté de Benjamin Lecrivain, à la tête de Clother, e-boutique genevoise spécialisée dans la vente de vêtements écoresponsables fabriqués à moins de 1500 kilomètres: «Penser à ce que cette industrie est devenue, avec les émissions de CO2, la pollution et les conditions de travail des employés, ça donne le vertige. J’ai réalisé l’importance d’acheter moins, mais mieux. Cependant, la recherche de vêtements éco-responsables est loin d’être aisée, on manque de solutions concrètes. C’est en partant de ce constat que j’ai imaginé Clother. Je souhaite démocratiser la mode durable et la rendre accessible, pour que l’on trouve facilement des ensembles en matières labellisées, issus du recyclage ou de l’upcycling, à portée de clic. Et bien sûr des modèles de qualité, avec du style, pour battre en brèche les vieux préjugés! Le respect des normes sociales et des conditions de travail sont aussi des points primordiaux dans le choix des marques avec lesquelles je travaille.»

 

Avec l’emballement de l’industrie textile, on est passé d’une collection par saison à une par semaine. «Si on veut convaincre les gens de s’habiller de manière écoresponsable, il faut rendre la démarche la moins contraignante possible, estime Benjamin Lecrivain. Chez Clother, les clients peuvent essayer avant d’acheter, les retours sont gratuits et le stock est en Suisse. Il n’y a ainsi pas de frais de douane. Un t-shirt à 5 francs ne respectera jamais ni l’environnement, ni les conditions sociales.» Pour les deux entrepreneurs genevois, il s’agit aujourd’hui de sensibiliser le public à l’impact de la mode, mais aussi de l’amener à réfléchir pour limiter ses achats et allonger la durée de vie de ses vêtements, par exemple en les faisant réparer par des artisans, afin de ménager le budget tout en soutenant l’économie locale.

 

Le marché des vêtements de sport n’échappe pas à cette réflexion de fond: la jeune marque Revario, dont le lancement a notamment été rendu possible grâce à la plateforme de financement participatif Impact de SIG, propose des tenues de trail running haute performance 100% fabriquées en Suisse, à base de matériaux durables et en garantissant un service de réparation à vie. Sans faire la moindre concession sur le style ni la fonctionnalité, et en évitant toute surproduction en travaillant par précommandes.

 

Jeu d’inventivité et de créativité

Approcher la mode sous l’angle de la durabilité a un impact direct sur la manière de concevoir les vêtements. «Je n’utilise pas de fermeture éclair, il faut donc davantage réfléchir lorsque l’on confectionne des modèles cintrés», note Delphine Haccius. Pas de quoi décourager l’entrepreneuse, pour qui la loyauté est déterminante dans le processus de création: «Malgré les conditions économiques actuelles, je reste fidèle à mes partenaires, qui travaillent dans un atelier à Marcollin, en France. Je ne souhaite ni modifier mes prix, ni délocaliser pour m’offrir une meilleure marge. Ce serait contraire à l’âme d’Avani.» Pour elle, il est essentiel que chacun travaille en accord avec ses valeurs. Ce qui sous-entend un salaire à la hauteur du talent et des conditions de travail propices à la création. La marque encourage également sa clientèle à entretenir et réparer les vêtements afin de prolonger leur durée de vie, et a mis sur pied un service de réparation et de retouche. Somme toute, acheter éthique, c’est défendre l’humain et réduire l’empreinte écologique tout en injectant dans nos garde-robes un peu de beauté intemporelle.

 

Revario: www.revario.ch

Avani Design: www.avani.ch

Possibilité de prendre rendez-vous au showroom du mardi au vendredi.

Clother: www.clother.ch

EN MODE COLLECTIF

Née de la rencontre entre des projets innovants dans l’univers du développement durable et de la transition énergétique, l’association «En Mode Collectif» regroupe plusieurs acteurs de la mode écoresponsable à Genève. Désillusionnés par les travers de la fast-fashion, les membres du collectif œuvrent pour de nouveaux modes de consommation de la mode qui se veulent plus éthiques et plus respectueux de l’environnement. Ils et elles proposent également un partage d’expériences et d’expertises. Parmi les six membres qui ont fondé ce collectif, quatre (Avani, Serie K, La Corde à Linge et Clother) sont passés par la plateforme de crowdfunding SIG-Impact.

 

Instagram: https://www.instagram.com/en_mode_collectif