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Une paysagiste veut vous faire marcher sur les vagues

 

Un réseau de plateformes mobiles pour profiter autrement du lac: récompensé par plusieurs prix, le concept créé par l’architecte-paysagiste vaudoise Alice Duvert donnera bientôt naissance à un premier prototype sur le Léman. 

 

Texte: Oriane Grandjean /// Photographies: Desbois Duvert – Portrait: Rebecca Bowring

Cet été, un prototype d’espace public flottant verra le jour sur le Léman. Né de l’imagination d’Alice Duvert, diplômée de l’HEPIA, ce projet, baptisé «Sur les vagues», veut offrir à la population une nouvelle manière d’apprécier le lac: déambuler sur un réseau de plateformes mobiles, d’où l’on peut admirer le paysage ou se jeter à l’eau. Les premières de ces zones de détente et de promotion de la biodiversité verront bientôt le jour. Rencontre avec une architecte-paysagiste qui veut changer notre expérience du lac.

 

Comment est né votre projet «Sur les vagues»?

Mon idée de base était de proposer un espace public flottant végétalisé. C’est lors de ma dernière année d’études à la Haute école du paysage, d’ingénierie et d’architecture (HEPIA), à Genève, que «Sur les vagues» a vu le jour. Les élèves devaient réaliser un projet autour d’un thème imposé: proposer un accès à l’eau dans la région veveysanne. Ce qui m’est immédiatement apparu comme un aspect important, c’était que mon installation ne devait pas être inerte: je voulais qu’elle bouge avec les vagues.

 

Vous estimez qu’il n’y a pas assez de lieux où la population peut profiter du Léman...

C’est la première question que je me suis posée. J’ai commencé par recenser toutes les plages publiques du Léman, notamment grâce à des images aériennes. Le constat est clair: seules 7% des berges du lac sont des plages accessibles au public. Les accès au lac sont donc rares, et c’est encore plus flagrant du côté suisse. Pourtant, un peu partout, on constate une demande pour des aménagements lacustres, peut-être parce que les étés deviennent de plus en plus chauds. Genève, par exemple, a déjà beaucoup investi pour des projets permettant la baignade dans le lac.

 

En quoi ce projet se différencie-t-il d’une plage standard?

Il permet de proposer des espaces calmes, éloignés des bruits de la ville et de la circulation. Sur l’une de ces plateformes, vous êtes isolés acoustiquement et vous vous trouvez plus bas que sur un quai, plus proche du lac que sur une plage. Vous y avez une plus grande proportion d’eau sous les yeux. En étant directement installé sur les flots, vous pouvez aussi observer une végétation bien particulière: en toute saison, vous y êtes entouré de plantes hydrophiles.

 

Parlons technique: faire flotter des plateformes, cela paraît facile, mais concrètement, comment peut-on assurer la stabilité et la durabilité de l’installation?

C’est un vrai challenge technique. Contrairement aux autres exemples d’aménagements comparables qui existent en Suisse, «Sur les vagues» peut rester en place toute l’année et n’a pas besoin d’être protégé par une digue. D’où un niveau d’exigence très élevé. Je travaille avec des chercheurs qui réalisent actuellement la deuxième mouture des plans de la structure.
La plateforme doit pouvoir résister à des vagues de 1,50 mètre de haut. La maquette 3D que nous avons réalisée a très bien fonctionné à petite échelle, la structure se replaçant correctement même en cas de forte houle. Lorsque le prototype sera construit, on y installera des capteurs pour avoir des chiffres concrets à présenter. Bien entendu, lors de tempêtes, ces plateformes ne pourront pas être utilisées, et une signalétique dédiée sera là pour donner quelques conseils aux utilisateurs·trices.

 

Votre concept ne se concentre pas seulement sur des plateformes destinées aux humains, mais comprend aussi certains modules végétalisés...

Oui. Ces plateformes végétales sont moins exigeantes que celles pour les piétons. Ce qui est le plus important, c’est de permettre aux plantes de se rapprocher de l’eau; le niveau de flottaison sera donc plus bas. La plateforme devra pouvoir accueillir un technicien de temps en temps pour des contrôles, mais, si durant une tempête elle est recouverte d’eau, ce ne sera pas un problème.

Quels types de matériaux allez-vous utiliser?

Seulement des matériaux durables, compostables ou recyclables, comme le bois ou le métal. Une très belle œuvre éphémère avait été créée en 2016 par Christo en Lombardie: The Floating Piers. Il s’agissait d’une passerelle flottante qui permettait de se rendre à pied sur l’île de Monte Isole. Des dizaines de milliers de personnes se sont déplacées pour vivre cette expérience étonnante. C’était très beau de voir le pont onduler lorsqu’un bateau passait à proximité. Par contre, cette passerelle était construite en plastique. Avec «Sur les vagues», je vise une construction plus durable.

 

Vous dites que «Sur les vagues» est un projet «vivant». Qu’est-ce que cela signifie?

Ce projet est vivant sur plusieurs niveaux. Tout d’abord, il se déroule sur une longue durée. Entre l’idée et la réalisation, du temps a passé, et cela permet au projet d’évoluer, d’être modelé au fil des discussions et des expérimentations. Pour lancer le prototype, qui fera 10m2, il faut mobiliser des ressources, du temps et de l’énergie. C’est aussi avant tout un projet qui ne se résume pas à des aspects techniques et matériels, mais où les plantes jouent un rôle essentiel. Et les plantes, c’est le vivant. Mon espoir, c’est qu’après un an de vie la plateforme soit tellement bien végétalisée et colonisée par les oiseaux que l’on ait l’impression qu’elle a toujours été là, que c’est une île qui a toujours fait partie du paysage.

Votre projet a été récompensé par plusieurs prix, notamment le Prix IDDEA, soutenu par SIG. Qu’est-ce que cela représente pour vous?

C’est encourageant! Il faut bien avouer qu’il y a des moments où la lenteur du processus a quelque chose de décourageant. Ces prix offrent également une visibilité bienvenue, et je peux ainsi mesurer l’intérêt du public. Cela crée de la vie autour du projet.

 

Privés, collectivités publiques, quels pourraient être les client·es intéressé·es par «Sur les vagues»?

Je cherche activement des client·es, mais pour l’instant, ce sont surtout des communes qui se montrent intéressées. Celle de Morges explore l’idée de créer des plateformes pour le public, alors que Genève penche plutôt pour des plateformes végétalisées destinées à favoriser la biodiversité. Cela dit, sur le lac, les autorités cantonales ne délivrent des permis de construire que pour des espaces publics. A priori, ces installations flottantes seraient plus pertinentes pour les berges abruptes, soit plutôt dans le Haut-Lac.

 

Concrètement, où en êtes-vous dans le développement du prototype?

Nous sommes en pleine élaboration des plans de fabrication, les chercheurs les affinent les pour les rendre réalisables dans un atelier à Etoy. Ensuite, le prototype devrait être installé à Morges. Le but, c’est qu’il soit en place avant l’été.