fr WasteOlas: la start-up qui projette de recycler le CO2 à la source

Edition printemps 2022

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WasteOlas: la start-up qui projette de recycler le CO2 à la source

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WasteOlas: la start-up qui projette de recycler le CO2 à la source

 

Aider le canton et les entreprises à atteindre la neutralité carbone en retransformant le CO2 en matière première réutilisable, c’est l’idée de cinq jeunes dans le vent diplomés en 2017. Cette solution vise à répondre à l’urgence climatique. Une start-up à suivre de près.

 

Texte: Mireille Jaccard /// Photographies: Nicolas Righetti

 

 

Ils ont moins de 30 ans. Isaline Fracheboud, Michael Peytrignet, Steven Viollet et Stéphane Gameiro se rencontrent sur les bancs d’une spécialisation en chimie industrielle de la HEIA (Haute Ecole d’ingénierie et d’architecture) de Fribourg. Eric Füglister, quant à lui, est doté d’une formation de dessinateur industriel et se joint au groupe, séduit par la démarche d’action en faveur de l’écologie. A eux cinq, ils incarnent avec panache l’esprit d’une génération sensibilisée et préoccupée depuis toujours par les questions de l’impact environnemental. 

Dès 2017, l’idée de WasteOlas mûrit peu à peu dans l’esprit de Michael Peytrignet. «Trouver un moyen de faire de la captation de CO2 est une démarche passionnante. Cette question fait partie des gros sujets abordés pendants nos études», relate-t-il. «Nous en sommes encore aux balbutiements. Cependant, il est certain que le marché commence à présenter toutes sortes de technologies de captation du CO2 avec pour finalité le stockage ou la valorisation. Toutes ces méthodes sont complémentaires et doivent rapidement être mises en place. Cette problématique, profondément ancrée dans l’air du temps et qui interroge les façons de mettre à profit des dispositifs technologiques, est considérable. C’est ce qui nous a motivés à nous lancer dans l’aventure.»

Distinction académique en poche, ils s’empressent de se mettre au travail. Il y a deux ans, une formation chez Innosuisse, l’agence qui promeut l’innovation et épaule les lancements, leur permet de mettre le pied à l’étrier. Ils acquièrent d’abord les outils pour développer les aspects entrepreneuriaux grâce au suivi d’experts. Ensuite, la confiance les gagne petit à petit. «Notre approche consistant à revaloriser la pollution invisible tout en réduisant ses émissions dans l’atmosphère a récolté des retours très positifs. Cela nous a confortés dans notre démarche et nous a donné envie de poursuivre», expliquent les membres de WasteOlas.

 

UNE DÉCLINAISON EN TROIS AXES

L’ambition de l’équipe de WasteOlas ne s’arrête pas là. «Nous aimerions travailler avec différents types d’émetteurs de CO2, comme des brasseurs de bière.» Le CO2 est employé lors de certaines étapes du brassage pour rendre inertes les cuves, pour chasser l’oxygène et l’azote, qui peuvent développer des goûts particuliers lors de la fermentation. Il est ensuite rejeté directement dans l’atmosphère. «Le potentiel sous-estimé du gaz polluant, auquel on pouvait donner une seconde vie, nous est apparu comme un élément à travailler.» Dans un premier temps, la start-up va tester ses prototypes dans des petites structures, puis, dans un second temps, se lancer dans le grand bain en les présentant à une plus échelle industrielle. «Au terme du développement de notre prototype, pouvoir présenter une bière neutre en carbone serait une première belle réussite.» 

Le troisième axe d’étude, quant à lui, serait dirigé vers les installations de ventilation. «Sur tous les bâtiments, industriels ou d’habitation, il existe des centrales de ventilation. Quantifier les émissions nous permettra de dimensionner la machine de captation et ainsi de diminuer les émissions de CO2. Cela engendrera une transition en douceur d’ici au remplacement des chaudières.»

Avec les déclinaisons proposées, WasteOlas pourrait ainsi développer plusieurs modules interchangeables et adaptables selon les utilisateurs et les besoins. A plus long terme, la jeune entreprise assure une volonté d’adapter le procédé à d’autres sources de polluants, comme les oxydes d’azote (NOx) ou le monoxyde de carbone.

Une pompe permet d’atteindre le débit et la pression souhaités. L’amortisseur installé en haut de l’appareil réduit les variations de débit.

Jusqu’à présent, la conception de recyclage des sources polluantes n’était pas économiquement rentable. «En effet, pour les industriels, il était plus facile et moins cher de payer la taxe carbone, fixée par la Confédération. Déterminer des moyens pour réduire la pollution n’était pas une priorité. Or, dans l’époque de bascule incontestable que nous sommes en train de traverser, on observe une évolution vers une société plus verte. Le prix du crédit carbone et le prix de la taxe carbone connaissent aujourd’hui un renversement et modifient le regard porté sur ces nouvelles technologies. Ces dernières deviennent ainsi plus accessibles qu’il y a une dizaine d’années», ajoute Isaline Fracheboud, au bénéfice d’un master en environnement et énergies nouvelles, qui complète ses connaissances en chimie.

Remporter le Prix IDDEA: le tremplin

 

Le Prix IDDEA (Idées de développement durable pour les entreprises d’avenir), qui encourage la concrétisation de missions d’entreprises durables et innovantes, a été pour WasteOlas un pas décisif. En effet, l’année dernière, remporter le 1er prix leur a permis d’être accompagnés par différents acteurs de l’économie et de l’entrepreneuriat genevois. «En phase de concrétisation, il était important de se confronter à des personnes expérimentées, capables d’identifier les points faibles et ceux à valoriser davantage», assure Michael Peytrignet. Concevoir l’initiative en tant qu’entrepreneur a également apporté un angle de réflexion tout à fait nouveau. «Grâce à la présentation que nous avons préparée pour ce concours, nous avons dû recentrer toutes nos idées, approfondir nos envies, saisir le fil rouge, anticiper tout en y injectant le plus d’harmonie possible afin de mener à bien l’étude.» La faisabilité du projet, son sens de l’adaptation et la pertinence technique ont su séduire le jury.

 

«Cette étape nous a permis de miser sur la quantification d’émissions polluantes, avec pour objectif celui de pouvoir nous rendre chez un futur utilisateur.» Après inspection des chaudières, celles qui brûlent du gaz, du bois ou du mazout et qui, de ce fait, émettent encore du CO2, WasteOlas aimerait pouvoir quantifier les émissions réelles. «Cette mesure nous permettrait de dimensionner une machine qui viendrait aspirer ces émissions», explique encore Michael Peytrignet.

FACE AU CATACLYSME MONDIAL, DES SOLUTIONS RÉALISTES

WasteOlas vient de créer sa propre Sàrl et mettra à profit le fonds du Prix IDDEA pour financer le premier prototype de quantification. Ensuite, l’entreprise souhaite rejoindre Après-GE, le réseau de l’économie sociale et solidaire, dont les valeurs sont parfaitement en symbiose avec leur esprit. Pour le moment, le noyau dur de l’équipe ne peut se rémunérer. Tout le travail effectué est du bénévolat. «C’est un projet que nous ne porterions pas à bout de bras s’il ne nous tenait pas à cœur et si nous n’étions pas convaincus de son potentiel. Ce qui anime notre engagement, ce sont les collaborations formidables avec de futurs partenaires, ainsi que la mise en place d’un réseau précieux en faveur d’une économie circulaire dans les cantons de Genève et Vaud. Etre dans l’action avec engagement pour solutionner des problématiques nous permet d’inscrire nos idées dans une logique de développement durable et donne du sens à notre démarche», affirment en chœur Isaline Fracheboud et Michael Peytrignet.

Après la création d’entreprise, les mois de mars à mai seront consacrés à un travail académique avec un étudiant de l’école d’ingénieurs de Fribourg et leur ancien professeur de bachelor, qui les soutient depuis les débuts. «C’est une année décisive car, d’ici à juin, nous envisageons de nous inscrire au fonds Vitale Innovation de SIG», confie l’équipe.

Ces solutions en devenir que propose Waste-Olas ainsi que l’état d’esprit dans lequel s’inscrit la start-up offrent une respiration claire et maîtrisée, un twist joyeux. Pour contrer le contexte préoccupant de l’écologie, rien de tel que des esprits qui fourmillent, une expertise et une créativité telles que celles de WasteOlas. L’approche de la start-up, qui s’articule autour des méthodes viables, tend à lier l’humain à son environnement. Cette approche se traduit dans une cohérence éthique ancrée dans une réalité contemporaine.